Depuis Descartes, mèche lente d’une pensée subversive qui éclata à la Révolution, la pensée experte domine le monde.

Cette pensée orgueilleuse croit – « je pense donc je suis »– que parce qu’elle existe dans un cerveau elle doit exister aussi dans la réalité. Ce faisant, comme elle n’écoute pas ce que lui livre le contexte ni ce que lui impose le temps propre à la vie des gens, elle passe en force.

Nous lui devons Robespierre, Hitler et Staline ainsi que, beaucoup plus subtilement que le clan des tyrans qui en furent les descendants, la liste incongrue des théoriciens politiques qui ont voulu briller le temps d’un livre, d’un discours ou d’un mandat sans jamais avoir pris le temps d’accueillir la réalité.

Nous lui devons aussi les atmosphères concentrationnaires et structurellement castratrices que sont les grands groupes qui, incapable d’avoir d’autres enjeux que le gain illimité, plaquent des schémas de productivité à grand fracas de pertes humaines grossièrement maquillées par l’huile d’argan de bien-être apparent que sont les politiques RH. Cela me fait penser aux fermes libérées où les vaches vont se faire traire de leur plein gré, en musique et après massage, sans plus jamais réaliser qu’elles se sont fait voler leur liberté.

L’expert produit, il ne cherche pas à gagner. Ce qu’il veut c’est le classement, pas la victoire.

Un chef règne sur l’instant présent et l’instant présent est binaire : soit on le subit soit on le domine.

Rapporté à la politique, cela implique une présence bien davantage qu’un savoir, une intelligence du rebond davantage que de la performance, une continuité de l’action et non une exhaustivité de la pensée, la vision conquérante du possible et non la satisfaction rigide et sans cesse mise en échec d’une perfection apparente qui n’existe pas dans les faits.

Gagner c’est non seulement dominer l’instant mais y embarquer tout le monde ; c’est vivre une épopée collective autour d’un chef d’aventure et non subir un responsable de programme et de majorité, c’est affronter le futur avec les yeux ouverts plutôt que de caresser sa pensée dans le vase clos de son cerveau.

François Bert

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